Passion designer graphique : dans l’univers de Caroline Bron

Sensible, cultivée, avide de découvertes qui nourrissent son imaginaire ; elle paraît frêle? Elle est d’une grande détermination. Et construit avec constance et grâce son travail en empruntant à diverses techniques artistiques. Bienvenue dans l’univers de Caroline Bron, talentueuse designer graphique.


Bonjour Caroline, sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Je classe des dessins que j’ai faits. Ensuite, avec Photoshop, je les mets en situation sur des supports, par exemple sur des carnets moleskine, du papier peint, un coussin, etc. Cette projection me permet de voir s’ils « fonctionnent » et comment.

Qu’est-ce qui t’a amenée au graphisme ?
La photo… plus particulièrement les collages dadaïstes de Hannah Höch, les photomontages de John Heartfield et ses couvertures de livres pour Malik Verlag. L’étude du photomontage politique et mes cours de sémiotique durant ma formation à l’Institut des Arts d’Amiens, ont été riches d’enseignement pour comprendre la façon dont on fabrique les images. A l’époque je m’exerçais à décomposer puis recomposer les images et les mots de façon artisanale, à la main et aux ciseaux ! C’est comme ça que le graphisme est venu à moi, en disséquant…

Qu’est-ce qui te plait dans le graphisme ?
Le graphisme répond à une volonté de communiquer. C’est un moyen puissant pour ouvrir un dialogue sur quelque chose (intention, idée, message, savoir…) ; de façon directe ou subliminale, institutionnelle ou ludique. Le message à délivrer doit être saisi en un coup d’œil, ça implique un travail de « synthétisation » de l’information, c’est ça qui me plait.
Et puis, c’est un domaine qui ne se restreint pas à un seul support. On mélange des matériaux : typographie, blanc, noir, couleur, photo, dessin, symboles, imaginaire collectif…, on joue avec les modes, codes, cultures, imaginaires, époques, technologie… Le graphisme se met totalement au service du « message » à faire passer. C’est aussi un passeur d’idées, un peu comme un messager. Il voyage. Cela fait maintenant plusieurs années que je suis designer graphique et ce métier me plaît beaucoup !

Qu’est-ce qui t’a donné envie de dessiner, de créer des illustrations et des motifs ?
Faire des dessins vient de l’envie de dire, raconter (autrement que par la photo, les mots, …). C’est la passerelle entre idéel et matérialité. Le dessin est une continuité de ma pratique du photomontage : en dessinant je continue de fabriquer, librement, des images. Les motifs eux sont plus répétitifs et décoratifs. Ils ont quelque chose de fascinant, un effet hypnotique… Jean-Louis Gaillemin dit dans le catalogue de l’expo «Faire le mur» qu’ils sont une invitation au rêve, à l’évasion… à l’hallucination. Ils le sont! Créer me met dans un état nécessaire : à la fois face à moi-même et connectée à quelque chose de plus universel… En certains aspects, ces moments de création « pure » (ceux qui ne répondent pas à une commande), sont une expérience proche du concept bouddhiste Zen, le kenshō.


Comment est-ce que tu travailles tes dessins?
Souvent le point de départ est une image mentale, comme un écho visuel à ce que je lis, entends ou vois. Pour extraire et retranscrire cette image, je choisis une ou des images existantes (photographies, dessins de mon carnet) ensuite grâce au tracé je recompose une nouvelle image jusqu’à trouver une cohérence, un équilibre à l’ensemble. C’est après que je mets en couleurs, mais pas toujours. Parfois aussi les formes que je dessine sont celles de mon quotidien, celles que j’aime : le végétal, l’animal, les références à la pop culture… Et dès que je peux faire un clin d’œil humoristique, je m’amuse beaucoup ! En ce moment les dessins géométriques modernistes de Sonia Delaunay inspirent mes motifs ; plus largement la période des années 20/30, tant elle fut prolifique et innovante dans tellement de domaines.

Tu as des projets ?
Voir mes motifs voyager… et enjoliver (un peu) le quotidien des gens ! J’ai le projet de présenter mes collections de motifs à des éditeurs. J’aimerais trouver une collaboration avec un céramiste pour réfléchir ensemble à une collection d’objets usuels. Je réfléchis également à des possibilités d’illustrer des livres pour les (grands) enfants… Oui, j’ai beaucoup de projets en cours !

Quelles sont tes dernières découvertes ?
Voici ce qui m’a inspiré dernièrement
Le livre L’art d’une vie créative, les vertus de la pleine conscience, de Frank Berzbach, éd. Pyramid, 2015. Un grand soin a été porté à la clarté de la maquette et au choix du papier, c’est tellement agréable à lire… Cet ouvrage a été conçu dans cette idée, cela se voit. Un véritable guide quotidien pour les créatifs freelance !
– Le livre de l’américaine féministe progressiste Carol J. Adams publié en 1990, traduit en français (seulement) l’année dernière: La politique sexuelle de la viande , éd. L’Age d’homme, 2016.
– un livre éducatif illustré sur les écosystèmes que j’aurais adoré trouver quand j’avais 6ans : Sous terre, sous l’eau. De A. et D. Mizielinska, éd. Rue du monde, 2015.
Face B, aux éditions La Revue Dessinée, 2015. – Maggy Garrisson, de Tromdhein et Oiry, éd. Dupuis, 2014.

Et ma dernière découverte musicale : le ZamRock, un courant rock né en Zambie dans les années 70, étonnant cocktail de rock psyché, garage et musique soul…

 

 

http://www.carolinebron.fr/

Illustrations ©CarolineBron
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